D’Arlon à Marche, six nouvelles brasseries en dix mois!


Journal LE SOIR

Si certains prévoient que la bulle de création de nouvelles micro-brasseries, en forte augmentation depuis une dizaine d’années, va exploser, en province de Luxembourg, il n’en est rien. Les amoureux du houblon vont jusqu’au bout de leur passion. Covid ou pas !

31. C’est le nombre actuel de brasseries en province de Luxembourg. On parle ici d’unités de production car si on y ajoute les sociétés commerciales qui ont pignon sur rue et font brasser ou brassent leurs bières à façon dans une de ces brasseries ou hors province, on approche voire dépasse la quarantaine !

Cela va d’Arlon à Marche, en passant par le centre-Luxembourg, soit six brasseries créées ou en passe de l’être depuis octobre. En voici une présentation succincte, à laquelle il faut ajouter la brasserie de Rochehaut d’Arnaud Boreux, dont nous avons déjà parlé, et qui a déjà, en 8 mois, une production de plus de 2000 hl. La voilà proche du top 5 ! Au Pays d’Arlon, cela bouge beaucoup ces derniers temps alors que voici 5-6 ans, il n’y avait plus une brasserie. Un peu comme à Marche.

Deux brasseries à Arlon, deux à Attert

Dans le Pays d’Arlon, il devrait y avoir cinq brasseries dans les mois à venir. Il y eut d’abord une première apparition, de 1999 à 2007. A l’époque, Jean-Christophe Calderaro lança la brasserie « Les 3 Brasseurs » à Athus, celle-ci s’inscrivant dans le cadre d’un concept global créé en France. L’aventure en resta là. Ce n’était que partie remise puisqu’il créa dans le même lieu l’Athem, en 2019. A Metzert (Attert), deux amis brassent depuis 4 ans les bières « La Pa », dans l’espoir de donner un jour une vraie envolée à leur production.

A Arlon, après le passage de Daniel Lessire et de sa Millevertus, brasserie devenue trop petite dans le village de Toernich et qui s’envola pour plus d’espace à Breuvanne (Tintigny), c’est en 2016 qu’on revit une brasserie. Christophe Cerisier et Guillaume Delbeke qui s’étaient rencontrés aux cours de micro-brasserie de l’Ifapme en 2012-2013 y ont lancé la Brasserie d’Arlon dans les locaux annexes du drink Euroboissons situé à l’Hydrion, face au centre Adeps. Ils y brassèrent l’Aramiss. C’est déjà du passé. En mars 2020, c’est une autre brasserie qui s’est installée dans ces locaux.

La brasserie des Trévires aux multiples visages houblonnés

Juste avant le confinement, le bâtiment de la brasserie-maitrankerie de l’Hydrion s’est de fait lancé dans une nouvelle aventure sous le nom générique de « Brasserie des Trévires ». Dans cette ex-brasserie d’Arlon, les Trévires ont constitué une SPRL avec cinq associés, dont Fabien Hesbois, brasseur des bières Faucheuse, Yves Cornerotte, brasseur des Recevresse, Thierry Maire, ex-brasseur des Gaumaises, et deux amis, Antoine et Manu.

Sans oublier le propriétaire des lieux, Louis-Marie Kemp , qui n’est pas membre de cette SPRL. Il produit là ses maitrank et y fera brasser sa Hotteuse, la bière de Chiny dont il est le dépositaire. Un fameux melting pot de brasseurs et de bières réunis en un seul lieu !

Fabien Hesbois, originaire de Couvreux, espère ouvrir un jour sa brasserie à Lamorteau, dans sa commune. Mais les choses traînent administrativement. Chez lui, il a mis au point dans des casseroles ses « Faucheuse » blonde et brune, qu’il a fait brasser à façon à la brasserie de la Clochette à Etalle depuis 2017. Au fil des rencontres avec Yves Cornerotte et Thierry Maire, un projet de construction d’une brasserie a émergé. Vu les retards, il s’est tourné vers Arlon.

Il a profité du confinement pour constituer des stocks car les sortes de bières prévues là sont nombreuses. Ses « Faucheuse » d’abord, une blonde, une brune, une pils et un stout. S’y ajoutent les Gaumaises, en retour partiel. La famille Maire continuera à faire brasser sa blonde chez du Bocq à Purnode, voire la brune. Mais Fabien Hesbois travaille sur une Gaumaise ambrée dont Thierry Maire a retrouvé une recette datant de son père.

S’ajoute la Hotteuse, actuellement brassée chez Proef Brouwerij à Lochristi. Elle avait été créée pour le millénaire de la Ville de Chiny en 1980.

Et puis, il y a la Recevresse d’Yves Cornerotte, une bière créée en 2017 par un groupe de trois amis qui avaient fondé BrBex, comme « Brasseurs Belges Expatriés », brassée jusqu’ici chez Gengoulf à Villers-dvt-Orval. En effet, tous les trois vivaient à la frontière française. La Recevresse fait référence à ce monument exceptionnel du patrimoine français, construit devant la basilique meusienne d’Avioth.

De ce trio, il ne reste toutefois plus qu’Yves Cornerotte qui a par sa mère des origines charentaises. Alors, si l’on met bien du cognac dans le maitrank, pourquoi pas dans la bière ? Après divers essais dans des tonneaux ayant contenu du cognac, le choix s’est fait pour un ajout direct de cognac XO (2%) dans la bière, lors du soutirage. Yves Cornerotte fera aussi un Recevresse Imperial Stout, lui aussi additionné de cognac.

Voilà donc une gamme pour le moins diversifiée de produits pour une brasserie qui espère arriver à une production de 400hl dans un premier temps.

La brasserie d’Arlon en attente de permis

Quant à la brasserie d’Arlon, elle se cherche un nouvel avenir. Christophe Cerisier a dû quitter le site de l’Hydrion et a trouvé un lieu potentiel à la limite de Heinsch et Freylange, toujours dans la commune d’Arlon, dans une partie de la ferme de Philippe Neuberg. Leur dossier est pour l’heure étonnamment bloqué pour des raisons urbanistiques liées à un changement d’affectation du bâtiment. Le 14 juillet, les statuts d’une nouvelle coopérative « Brasserie d’Arlon » ont été signés avec cinq partenaires. Un appel à coopérateurs est désormais lancé et toute personne intéressée par une aventure brassicole arlonaise est bienvenu.

A l’Hydrion, la production s’était située à une moyenne de 100 hectos par an en 2017, 2018 et 2019. Philippe Neuberg souhaitait mettre une bonne partie de ses activités agricoles entre parenthèses. Cela tombait bien pour Christophe et des amis intéressés par un challenge coopératif. L’activité sera un passe-temps de passionnés qui aiment la bonne bière et la convivialité, avec un minimum de production pour faire tourner la coopérative.

Christophe et Philippe portent le projet et espèrent que la Ville donnera son aval pour aménager une étable. Il y a là un bel espace. Pour l’heure, la brasserie d’Arlon vit avec ses stocks d’Aramiss et d’Ara Porter, une bière noire de 5% dans le style des stouts british légers. Fin 2019, Christophe Cerisier a aussi brassé une Aramiss aux accents locaux, avec des houblons cultivés sur un terrain de 50 ares à Habay par Fien Vanderheyden. Le tout pour une cuvée spéciale d’Aramiss dont le houblon est utilisé en dry hopping.

Dans l’attente de sa création concrète, la brasserie d’Arlon fait brasser ses bières à façon à la brasserie BR à Magerotte.

Une seconde micro-brasserie dans le val d’Attert

Et de deux. Après la brasserie de Metzert, née en 2017 comme une activité complémentaire mais très prenante, c’est un prépensionné qui a lancé une micro-brasserie dans sa cave, à Thiaumont.

Jean-François Eischen a quitté son boulot au centre de recherches d’Arcelor Mittal en juillet 2018 et voulait vivre une nouvelle aventure post-professionnelle. Cela fait près de 15 ans qu’il brassait avec du matériel minimaliste offert par son épouse, pour des dégustations familiales. Puis un ami français lui a prêté de quoi brasser 50 litres. Voilà 4 ans, il a suivi les cours de micro-brasserie de l’Ifapme et s’est dit que sa prépension lui donnerait du temps. Il a donc progressivement installé sa micro-brasserie dans ses caves bien aménagées. Mais ce n’est que depuis octobre 2019 que tout a été réglé administrativement (accises, permis d’environnement, Afsca). « Je me suis fixé de brasser tous les lundis, une autre journée ou deux demi-journées étant consacrées au suivi de la fermentation, au soutirage, à la gestion des matières premières », explique le néo-brasseur. « Mon objectif est de produire des bières vendues régionalement et de pouvoir grâce à cette passion rencontrer des gens. Pour l’instant, la vente se fait sans souci dans les communes d’Attert-Arlon. « Je n’ai pas besoin de faire beaucoup de publicité avec des brassins de 70 litres… Je brasse trois bières régulières : une ambrée qui s’appelle « Mes 60 litres d’ambrée » (6,6 % alc/vol), et deux blondes La « 6 » ronde Ale plutôt ronde et douce, et la Gis’Ale (Gisèle étant le prénom de mon épouse), faite de malt d’orge et de froment, une bière relativement sèche rehaussée d’un houblon allemand. »

Des bières techniquement bien faites, sans artifice, assez légères et parfaites pour un été brûlant. Ici, pas de surdosage en houblon et en épices. A celles-ci s’ajoutent quelques brassins spécifiques à façon, pour des associations. Vu les quantités limitées nécessaires, Jean-François veut juste (se) faire plaisir avec de bonnes bières désaltérantes et goûteuses, mais il ne veut pas voir beaucoup plus grand et ne pense que vendre en circuit court.

A Léglise, Clément Hallet a mis son « Héritage » au cœur du village

En Centre Ardenne, à Léglise, on parle depuis des années de la brasserie d’Ebly qui risque toutefois de ne jamais se concrétiser. En tout cas, elle est devancée par la brasserie « L’Héritage », en phase de lancement. Rendez-vous officiel fin août-début septembre.

Travaillant dans des services informatiques au Grand-Duché, Clément Hallet avait envie de manipuler des levures et pas seulement des puces. Il a suivi des cours à l’Ifapme mais il brassait déjà chez lui, à Mellier, de façon minimaliste. Il a décidé de devenir micro-brasseur et a choisi de s’installer à Léglise, dans un bâtiment qui jouxte le restaurant local. Il y a installé son matériel racheté à une brasserie de Ste-Marie-aux-Chênes et a tout finalisé en solitaire durant le confinement, du carrelage à l’électricité.

Pour le nom « L’Héritage », c’est toute une histoire, liée à une amie chimacienne mariée à un Normand qui gère la distillerie la Monnerie, fonctionnelle dans la famille depuis 1920. Toute la beauté et le symbole d’un bel héritage qui a marqué Clément jusqu’à donner ce nom pour sa brasserie ! Cette transmission de passion de génération en génération lui plaisait.

Durant le confinement et post-confinement, il a mis au point ses bières, chaque fois produites avec trois sortes de céréales minimum, à l’instar d’une Saison belge de 5,2% (orge-seigle-blé), aux saveurs bien typées. Ce sera la Tante Bobo. L’Oncle Bidouille se déclinera sous la forme d’une « Triple », autre classique belge de 8,5%. Là, on y trouvera de l’orge, du seigle, du blé et de l’avoine qui lui donne un côté soyeux.

La Session IPA de 4,5% est dédiée au « Cousin Geek », avec la présence de houblons Simcoe et Amarillo. Enfin, la « Mamy Gateau » remplacera le dessert de fin de repas, sous la forme d’un Imperial Stout de 10% alc/vol ! Mais ce sera un brassin saisonnier hivernal. « Peut-être que je ferai également un Pale Ale, un type de bière que je souhaite depuis longtemps », explique-t-il. « Ce seront des brassins de 500 litres environ, selon les densités de bières, vendues en bouteilles de 75 cl. »

La dégustation augure de beaux plaisirs à venir et tout est prêt, verres comme étiquettes. Fin août ou début septembre, il présentera les trois premières et lancera dans la foulée des cours de zythologie, après avoir obtenu un certificat de formateur à Bruxelles. « Ce seront des ateliers mensuels pour amateurs (une fois par mois pendant 2 heures) ou en one shot durant un samedi après-midi, pour 8 personnes. En espérant que le Covid lui fichera la paix…

L’autre rêve marchois

Jadis, il y avait déjà des brasseries à Marche-en-Famenne, la brasserie des Carmes et la brasserie Henrard, notamment, situées dans de superbes bâtiments. Aujourd’hui, il y a l’Atrium, face au Quartier Latin, et le Vieux Marbre à Aye. Nous vous avons déjà parlé de la première, spécialisée dans des brassins souvent atypiques et bien goûteux qui lui ont permis de décrocher de nombreux prix alors qu’elle est encore toute jeune.

A Aye, c’est encore plus nouveau. Cette brasserie a vraiment démarré juste avant le confinement de mars qui a bloqué leur inauguration, mais cela fait des années que Jonathan Merciny et Bastien Walhin préparaient cette naissance comme une activité complémentaire. Le premier travaille à l’hôpital d’Ettelbruck, le second est électromécanicien à la SNCB. Le duo a débuté petit, à domicile, dans des casseroles, comme tant d’autres. Cela remonte à dix ans déjà. Ils ont un temps voulu faire un whisky, car le process est assez similaire à la bière, puis ils ont évolué vers la bière. Bastien a suivi des cours de micro-brasserie à l’Ifapme. De test en test, leur création a évolué pour arriver à deux bières qui leur plaisaient. Ainsi sont nées la « Marchoise blonde », conçue à Aye mais brassée à façon chez Millevertus à Breuvanne et la Godis Royale, chez Brasse &Vous à Rocourt, une bière ambrée au miel. Pour l’anecdote, Godis est le sobriquet des habitants d’Aye et signifie cochon, comme l’étiquette l’illustre !

Mais il fallait un jour faire le pas en lançant leur propre brasserie. La société commerciale du Vieux Marbre, du nom de leur rue commune, existe depuis mai 2017. Finalement, le duo a pu acquérir l’ancienne boulangerie du bourg et tout le matériel presque neuf de brasserie de l’Attrait (Bertogne), qui avait cessé son activité l’an passé.

Les brassins restent modestes, de 5hl en production et 10 en fermentation, ce qui fait quand même 1000 litres à l’arrivée. Les journées de brassage nécessitent donc deux brassins d’affilée, l’eau de refroidissement du premier étant récupérée pour réempâter le second. Un gain énergétique appréciable.

Depuis mars, le duo écoule le stock de ses bières à façon et constitue du stock avec les bières réellement brassées sur place. « Pour la Godis, on travaille avec du miel de la région, commente Jonathan Merciny. La famille de Bastien a une ferme et on aimerait utiliser les céréales maison, mais il subsiste un problème de maltage pour l’orge. Les malteurs professionnels nous demandent des quantités beaucoup trop importantes en regard de notre production de bières. »

Pour la vente, un module de vente en ligne a été mis en place ainsi que la distribution dans des magasins de la région ou sur place. Un petit espace bar (six tables en mode « covid ») est opérationnel devant la brasserie, les week-ends.

« L’objectif est de fonctionner sans crédit, sur fonds propres. On a peu d’investissements, peu de charges. On avance étape par étape. On demande nos bières à Bruxelles, Namur, Liège, mais ce n’est pas encore possible. On vend en direct dans l’horeca et les petits commerces locaux. La phase dépositaire, ce sera pour plus tard. »

Si deux bières sont actuellement brassées à Aye, le Vieux Marbre va garder sa gamme de six bières permanentes (trois Marchoises, blonde, rosée et triple, et trois Godis, royale, pils et brune), auxquelles s’ajoutera une bière de Noël.

Voilà le renouveau brassicole d’une province de Luxembourg qui ne cesse de fermenter encore et encore….

Article complet sur le site du Soir:

https://plus.lesoir.be/317901/article/2020-08-08/darlon-marche-six-nouvelles-brasseries-en-dix-mois

+ There are no comments

Add yours